Je suis dans le flou. Encore une fois furieuse. Je passe des heures à dormir, je perds des jours, je perds des jours ! Je n'écoute pas de musique -je n'entends plus rien, je ne peux pas lire -mon esprit ne s'attache que quelques secondes au mots, et aux phrases. Alors je pense ! Tenez. Sans que je le veuille, parfois, mon esprit me fait le cadeau d'un souvenir, brutalement, il place devant mes yeux, tel place de telle ville, de tel pays. Brusquement je suis plongée dans une atmosphère, une époque, un état. Je ne saurai que trop le remercier pour ses souvenirs qu'il fait surgir sans que je le lui demande.
Un enlisement en barque dans les sables de Bénarès.
Un toit de cathédrale à Vienne.
Une vue d'avion d'Amberg, en forme d'oeuf.
La chaleur humide de Montréal.
Mon premier baiser en colo, en Allemagne,avec "Beethoven".
Mon émotion en découvrant Pompeï.
Jouant du piano, dans une jolie maison ancienne, dans le Sussex.
Les plages de béton de Slovénie.
Ma maison future, dont je rêve depuis longtemps, sans savoir pourquoi mon inconscient a bâti cette maison-ci? Un chalet en pierres grises, en toit d'ardoise, en pleine montagne.
Par Sevi
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Puisque je cède à la pression des commentaires. Enfin, de deux commentateurs.
L'Irlande. Mais par où commencer?
Je n'aime pas les anglais. J'ai une rancoeur profonde contre ce peuple, contre ces gens (pas tous hein, j'entends déjà les commentaires "c'est quoi ce racisme primaire anti-anglais gna gna bla bla"), qui méprisent l'Irlande, et les irlandais. Alors qu'ils ont été colonisateurs pendant si longtemps, qu'ils ont fait subir des atrocités à ce peuple.
Passons. Je réagis donc au quart de tour, dès qu'un anglais commence à critiquer les irlandais. (idem que plus haut, non pas que les Irlandais soient parfaits, hein, ils sont aussi criticables pour certaines de leurs pensées, notamment pour les européens de l'Est venus en Irlande pour trouver du travail...gna gna bla bla)
J'ai rencontré l'Irlande à 4 ans. Je n'ai que de vagues souvenirs.
J'ai mieux rencontré l'Irlande à 5 ans, j'y ai vécu 3 mois. J'ai été à l'école. J'ai beaucoup de souvenirs. Mon uniforme adapté. Ma maîtresse. Mon amoureux, John. La neige. L'odeur de la fumée de tourbe. La campagne, intensément verte, les petits murs de pierre. Les bonnes soeurs de l'école. Le golf. Les lumières de fin de journée sur les abbayes en ruines. Les rassemblements de corbeaux le soir. L'accent moelleux du centre de l'Irlande. L'odeur du fish and chips. Le lait frais. Le fleuriste qui m'a aidée un jour. Le vendeur de journaux, aux cheveux blancs.
Je suis revenue ensuite régulièrement. A 8 ans, 11 ans, 14 ans, puis 17 ans pour une année, à 21 ans, à 23 ans. Je connais mieux l'Irlande que la France. Je connais le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest.
Ce sont mes vacances d'enfance, c'est la rencontre avec un peuple, avec des paysages. C'est une tasse de thé à la main, près de la cuisinière à la tourbe.C'est les promenades sur les falaises, c'est la culture gaélique. C'est sa musique, qui m'envoûte. Les maisons colorées. Les petites îles. Les cottages au toit de paille. Les routes minuscules, sinueuses. Les fushias au bord. Les ânes, les chevaux, les moutons. L'herbe qui pique, aux fleurs roses. L'odeur de pluie. La rencontre avec des poètes. Un cadeau symbolique. Les apple-pies, les rhubarb-pies. La brume. La bruine.
Par Sevi
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