Vendredi 8 septembre 2006
... faute d'avoir soutenu pendant plusieurs heures (de 8h30 à 14h30) des gambettes de Messieurs. Ces Messieurs ont eu la chance ce matin, de se faire opérer de prothèses de hanche... et moi je sers à quoi? à soutenir leurs gambettes dans la bonne position voulue par Messieurs (encore) les Chirurgiens... c'est bien la vie d'externe en médecine, hein, passionant! si, si , je vous assure... non mais je râle, mais J'ADORE être en stage.
Prenez tout d'abord une garde de 24h, remplie de patients très variés, aux histoires diverses.
Passez-là sans trop dormir, et en étant très concentré et intéressé par tout ce que vous faites / voyez / entendez / comprenez / rigolez / énervez / donnez / recevez.
Le lendemain: digérez mentalement la garde en 5 ou 6 heures.
digérez physiquement la garde en 24 heures.
(et ne pas passer d'examens le lendemain d'une garde... cela aboutit irrémédiablement à une crise de larmes en sortant...)
Je l'ai eue mon année :D
Je l'ai eue...
Je passe en... 5ème année !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
YIHAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
(résultats apportés gracieusement au cours d'une garde par mes compères carabins :D)
Mercredi 27 septembre 2006
Nuit d'août.
Le tailleur de pierre.
E. arrive vers trois heures du matin, avec de nombreuses plaies à la main, ainsi qu'au visage. La première chose à faire, l'esprit endormi, le corps fatigué, est de nettoyer... C'est ce que je fais, doucement, avec de l'eau, pendant de longues minutes.
Peu à peu, je sais que nous commençons à ressentir quelque chose, je n'arrive pas à réfléchir, à comprendre. A cause de ces gestes de lavement que j'effectue. Il ferme les yeux, je lui lave le visage. Il sourit presque.
Ces gestes, comme éternels dans l'humanité, un être qui nettoie les blessures d'un autre. Ces gestes nous rapprochent. Et c'est précisement à ce moment qu'il me dit "c'est normal que je ne sois pas à l'aise avec vous? ". Je ressens la même chose. Mais je ne dois rien dire, je dois rester distante, je dois rester la petite externe que je suis. Je continue comme si de rien n'était.
C'est un patient. Il est tailleur de pierre et originaire de Turquie. Il a de jolis yeux verts marrons.
Je le lave comme un enfant perdu. Il regrette ce qu'il lui est arrivé, et ses conséquences, il ne pourra pas utiliser ses mains pendant quelques semaines.
J'aime ce qui nous arrive, un moment de rencontre entre deux êtres humains, à travers le soin. C'est la première fois que cela m'arrive. Une véritable rencontre humaine.
Je commence à le recoudre. Il me dit plusieurs fois "Je suis entre tes mains".
Il m'a vite tutoyé, moi de même, comme si nous étions de vieilles connaissances. Je mets deux longues heures à le recoudre. "Cela me fait bizarre de voir une partie de mon anatomie".
A la fin, émue de quitter cette rencontre, je lui tends la main, et nous faisons un petit rituel de tapes de poings, comme si nous l'avions toujours fait.
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